Viriate (Viriathe)


Un Lusitanien de basse extraction, pâtre, chasseur et même quelque peu bandit, Viriathe, réunit des bandes de ses concitoyens dans les montagnes de son pays, fit aux Romains une guerre de partisans terrible, parvint à constituer une armée redoutable avec laquelle il défit successivement plusieurs généraux romains. Pendant dix ans il leur fit essuyer de sanglantes défaites, et Rome dut traiter avec lui. Mais quand Rome ne pouvait venir à bout de ses ennemis par la force, elle employait sans scrupule les moyens les plus odieux, le parjure et la trahison : elle fit assassiner Viriathe par deux de ses officiers que son or avait gagnés. C'est ainsi que périt le Vercingétorix lusitanien. Avec lui disparut l'indépendance de sa patrie.

(...) L'Espagne entière avait subi le jcug de Rome toutefois il paraît que les Celtibères et les Lusitains ne se soumirent qu'imparfaitement; et, que durant un demi siècle (de 205 à 149 avant J. C.), il y eut entre eux et les Romains une guerre opiniâtre où les alternatives de succès et de revers se balançaient de telle ipanière que les Romains n'avaient aucun avantage ; et il est à présumer que si la mésintelligence ne s'était - pas mise entre les Lusitains et les Celtibèreâ, ils auraient fini pas secouer le joug des Romains. Le consul Lucullus et le préteur Galba avaient pénétré jusqu'au fond de la Lusitanie dans l'intention d'exterminer l'une après l'autre toutes les tribus guerrières des Lusitains ; il n'était pas facile d'y parvenir de force. Galba y-employa la ruse et la perfidie la plus atroce. Les Lusitains lui avaient envoyé des députés pour lui offrir leur soumission à des conditions honorable ; Galba eut l'air d'accepter avec joie leur proposition ; il répondit aux députés qu'il ne voulait qu'améliorer le sort de leurs compatriotes en leur donnant, pour l'habiter, une contrée plus fertile et plus abondante que celle qu'ils possédaient.
Les Lusitains séduis par ses promesses, se rendirent auprès de lui; il les divisa en trois corps pour les diriger plus aisément vers la nouvelle patrie qui les allait recevoir.
Il leur dit ensuite quitter leurs armes sous prétexte qu'ils n'en auraient plus besoin; mais à peine les confiants Lusitains furent-ils désarmés, qu'il les fit envelopper et massacrer par ses troupes.
Neuf mille, perdirent la vie; vingt mille furent faits prisonniers et vendus dans la Gaule comme esclaves. Quelques-uns parvinrent à se sauver.
Du nombre de ces derniers était Viriate, simple berger, mais doué d'une âme forte, d'un indomptable courage et d'un génie qui semblait n'attendre que l'occasion de se développer.

Justement irrité contre les bourreaux de ses compatriotes , il fit partager son indignation et ses espérances à tous ceux que les promesses fallacieuses de Galba n'avaient pu arracher de leurs foyers. Il les réunit autour de lui ; mais ne pouvant encore, à cause de leur petit nombre, entreprendre une guerre réglée , il se contenta durant plusieurs années de harceler l'ennemi qu'il ne pouvait combattre, d'intercepter ses convois, d'attaquer ses détachements, de lui enlever le butin qu'il avait fait.
Dès qu'il était ou qu'il pouvait être poursuivi par des forces supérieures, il gagnait ses montagnes qui lui offraient d'inaccessibles retraites. Sa valeur, son audace, ses qualités guerrières attirèrent enfin sous ses drapeaux des bandes nombreuses de mécontents; toutes les tribus non soumises le reconnurent aussi pour leur chef (147 ans avant J. C.). Ce fut alors qu'il descendit dans les plaines de la Lusitanie. Le préteur Yitellius vint l'attaquer avec dix mille hommes.
Trop faible pour résister et trop prudent pour engager ses soldats encore mal disciplinés avec les vieilles bandes romaines, Viriate évita le combat, et trompa le préteur par un adroit stratagème ; mais bientôt après l'ayant attiré dans une embuscade, il tua ou prit la moitié de ses troupes; le préteur lui-même périt dans la mêlée. Viriate poursuivant ses avantages pénétra dans la Carpétanie et ne s'arrêta que lorsque Nigidius préteur de l'Espagne citérieure accourut de Tarragone avec ses légions pour venger la défaite de son collègue. Viriate battit en retraite ; poursuivi à son tour jusqu'aux frontières de la Lusitanie, et profitant d'une position avantageuse il fit tout à coup volte face et défit complètement les Romains.
L'année suivante (146 avant J. C) Viriate remporta de nouveaux avantages; les deux prêteurs essuyèrent sur les bords du Tage une défaite totale. Le vainqueur parcourut toute la Bétique qui se soumit sans résistance; il arriva jusqu'à la côte occidentale, où la ville de Ségobriga (Ségorbe dans le royaume de Valence) voulut résister; il en triompha par la ruse , à propos soutenue par les armes; les malheureux habitants furent passés au fil de l'épée.

Le sénat romain, en apprenant ces désastres et la perte de la moitié au moins de la Péninsule, envoya le consul Q. Fabius Maximus avec dix-sept mille hommes ; mais le consul qui comptait peu sur ses troupes évita pendant un an entier la rencontre de Viriate ; et quand il permit à ses lieutenants d'attaquer l'ennemi ou de lui tenir tête, les défaites et les victoires se succédèrent avec tant de constance que, malgré la défection de plusieurs tribus celtibères qui, fatiguées de la guerre, abandonnèrent la cause commune , Pompeius Rufus , successeur de Metellus qui lui-même avait remplacé Fabius, fut obligé de faire la paix avec Viriate; car la guerre était extrêmement à charge aux Romains qui avaient beaucoup de peine à recruter leur armée , tandis que le chef lusitain réparait très promptement ses pertes. Au reste Viriate désirait lui-même la paix, et il l'offrait toujours après ses victoires; il sentait qu'il traiterait avec plus d'avantage vainqueur que vaincu, dit un des historiens de cette guerre Cependant le sénat, quoiqu'il eût ratifié cette paix, donna dit-on au préteur Coepion l'ordre secret de continuer la guerre. Viriate avait déjà licencié une partie de son armée (134 av. J. C.) lorsqu'il fut inopinément attaqué par Coepion avec toutes ses forces. Viriate usa d'abord de la même tactique qu'il avait déployée devant Vitellius, et il parvint à sauver son armée. Ensuite ne pouvant concevoir pourquoi on l'avait attaqué contre la foi des traités, il envoya trois de ses officiers au camp romain. Coepion corrompit par la promesse d'une magnifique récompense les trois Lusitains; ils pénétrèrent la nuit dans la tente de Viriate, le trouvèrent endormi et l'assassinèrent. Ces trois misérables se présentèrent le lendemain au préteur pour recevoir le prix de leur crime, et le préteur les fit chasser de sa présence. Tous les historiens de ce temps ont justement flétri le nom de Coepion d'infamie; il parait même d'après un passage de Cicéron et l'asserlion de Strabon que le sénat romain,pour ne point paraître complice de son perfide agent, le bannit de Rome après l'avoir privé de tous ses biens. Ainsi périt Viriate, digne d'un meilleur sort; qui, dit Florus, serait devenu le Romulus espagnol, si la fortune avait secondé son courage. Si fortnna cessisscl, Ilispanoe Romulus. Les Lusilains, après avoir donné les premiers jours aux regrets et à la douleur (133), songèrent à désigner le successeur de Viriale; mais le nouvel élu héritait du pouvoir non du génie du héros lusitain. Il se hâta de conclure la paix avec Rome, qui put alors diriger toutes ses forces contre Numance.(...)
Marlès, Jules Lacroix de (17..-1850?). Histoire de Portugal, d'après la grande histoire de Schaeffer et continuée jusqu'à nos jours par M. de Marlès,.... 1840.

Suite; La Lusitanie romaine

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