Don Pedro V (1837-1861) Roi du Portugal

DOM PEDRO V et Stéphanie - 1858
DOM PEDRO V et Stéphanie - 1858
Don Pedro V succéda sans secousse à sa mère dona Maria. Il régna jusqu'en 1861. En 1857, Lisbonne fut attristée par un fléau redoutable, la fièvre jaune, qui y fit de nombreuses victimes ; ce fut l'occasion pour le roi de montrer un dévouement et un courage sans bornes, dont il fut récompensé par l'affection de son peuple. Enlevé .prématurément, il laissa la couronne à son frère don Louis (11 novembre 1861), qui est le souverain actuel.

L'activité avec laquelle le Portugal se relève, présage les heureuses destinées auxquelles il est appelé, dans l'avenir, sous un prince éclairé, sage et libéral. Il marche à pas de géant dans la voie de tous les progrès; le régime parlementaire y fonctionne dans toute sa vérité, les lois s'améliorent chaque jour, l'instruction se propage, le commerce et l'industrie se développent, et avant qu'il soit longtemps, l'ancienne prospérité de ce petit pays, qui fut autrefois si grand par son histoire, renaîtra; il s'enrichira de la véritable richesse, celle qui repose sur la mise en œuvre de toutes les ressources naturelles d'un sol fécond et d'une race douée de grandes qualités, énergique et industrieuse.

Ce court résumé historique montre par quelles phases diverses est passé le Portugal. Dans l'antiquité, il était habité par un peuple héroïque que les Romains n'ont vaincu que par la trahison.

Pendant cinq siècles, Rome a établi sa domination sur le pays et l'a assimilé à sa propre civilisation, à un tel point que l'empire romain venant à se désagréger sous les coups des barbares, il ne fit aucune résistance aux invasions qui se sont succédé; il changeait de maître sans s'en apercevoir

pour ainsi dire ; il faut reconnaître d'ailleurs que les Visigoths et les Arabes lui laissèrent ses coutumes et ses lois. En réalité, la constitution du Portugal moderne, comme de l'Espagne, a pour origine la lutte qui s'établit entre l'élément chrétien et l'élément mahométan. Quand les Visigoths,

qui étaient chrétiens, furent vaincus, ils ne disparurent pas. Ils restèrent établis dans un petit royaume du nord de l'Espagne, royaume qui s'agrandit peu à peu en refoulant d'année en année les Arabes. Le comté du Portugal, qui d'abord dépendit de ce royaume, se détacha de lui en rompant ses liens de vasselage, et poursuivit parallèlement dans l'ancienne Lusitanie la guerre d'expulsion contre les Maures. Il vint plus promptement à bout de sa tâche. Dès la moitié du treizième siècle, le Portugal était constitué dans ses limites actuelles.

Ne pouvant s'agrandir à l'ouest aux dépens de la monarchie castillane, il chercha sa voie vers la mer. Le quatorzième, le quinzième et le seizième siècle furent les siècles de sa grandeur. Il posséda bientôt des comptoirs et des colonies dans le monde entier. Ses richesses étaient, incalculables.

Dom Pedro enfant
Malheureusement, la population de la métropole n'était point assez nombreuse pour conserver longtemps des possessions aussi immenses. Le Portugal manquait de soldats pour les défendre et les garder. Il était d'ailleurs vulnérable par un point — en Europe même. La nation espagnole

grandissait à ses côtés. Une bataille pouvait mener les Espagnols à Lisbonne, et cette puissance considérable s'écroulait. Le Portugal était comme un petit corps avec des bras énormes. On vit bien quelle était sa faiblesse sous cette puissance apparente, lorsque, profitant de la vacance du trône du Portugal, Philippe II se fit nommer roi et réunit les deux monarchies portugaise et espagnole sous son sceptre. L'union ibérique aurait pu alors se faire à jamais, si l'Espagne avait su administrer sagement le Portugal; elle le tyrannisa. L'Espagne était en pleine décomposition ; l'empire de Charles-Quint craquait de toutes parts.

Le Portugal, en perdant son indépendance, perdit ses colonies, que l'Espagne n'avait pas su défendre.

Quand le Portugal recouvra sa liberté, il était diminué, affaibli, appauvri ; il a mis deux siècles à se relever. L'invasion française eut pour lui, comme la domination espagnole, les plus déplorables conséquences ; il perdit sa dernière colonie importante, le Brésil, qui s'affranchit. S'il ne peut rêver dans l'avenir un rôle tel que celui qu'il a eu dans le passé, il peut tout au moins espérer, dans une sphère plus modeste, un développement magnifique de tous les dons qu'il a reçus en partage. Avec ses finances rétablies, son commerce et son industrie profitant de tous les progrès, son agriculture tirant parti de toutes les richesses du sol, il peut atteindre à un grand degré de prospérité. A l'abri aujourd'hui de toute menace de guerre extérieure, de toute convulsion intérieure, s'appliquant au milieu d'une paix durable et féconde à réaliser toutes les améliorations, il peut redevenir plus riche encore que par le passé, parce que sa richesse reposera sur des bases solides et indestructibles.

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